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Alors oui, un énième article sur la série Orange is the New Black. OUI, car il s’agit bel et bien d’une série féministe et c’est pour cela qu’un énième article n’est pas de trop.

En effet, quand on regarde le paysage cinématographique américain et mondial, même si on assiste à une ouverture et à un plus fort pouvoir des femmes (comme dans Scandals, Game of Thrones ou encore Nurse Jackie), leurs rôles restent toujours majoritairement secondaires ou alors subordonnés à des dimensions dites « féminines » du genre.

POURQUOI PEUT-ON PARLER DE SERIE FEMINISTE ?

Tout d’abord, parce que la série donne à voir toute une palette de femmes, ce qui permet une identification soit ethnique, soit spirituelle, soit sociale aux personnages. C’est une des rares série à mettre en scène des blacks, des vieilles, une trans, des hispaniques, des cathos et autres. Au-delà de l’identification « primaire » (physique), la complexité des personnages et leur épaisseur permet d’aborder l’ambiguïté du caractère féminin. Ces filles outrepassent les dimensions « traditionnelles » attachées aux femmes, à savoir l’attachement au foyer, la soumission ou encore la faiblesse physique et morale. Effectivement, la dureté de leur environnement les renforce et les oblige à surmonter leurs craintes. Ainsi, on assiste à une réelle évolution des personnages. Par exemple, le personnage de Piper est au début presque le stéréotype de la fiancée parfaite, douce, timide et candide : on pense qu’elle va se faire happer par le milieu. Or, elle devient très vite plus débrouillarde et ira même plusieurs fois au « trou » pour cause d’insubordination. La série renverse donc les caractéristiques habituellement rattachées aux femmes.

 

De plus, la série tourne en ridicule les comportements sexistes et misogynes de certains personnages masculins, en les poussant à l’extrême et en les montrant comme condamnables. Ils sont dépeints en directeur de prison pervers ou alors en manipulateur à moustache, ce qui une fois encore inverse les rôles. Néanmoins, leur position de pouvoir due à leurs fonctions dans la prison (surveillant, directeur) leur laisse une emprise forte sur les femmes, malgré leur capacité de résistance. La série souligne alors une réflexion importante sur la nature des relations hommes-femmes dans un espace clos comme celui de la prison, où les comportements masculins peuvent vite outrepasser leurs fonctions.

 

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La deuxième raison principale à mon sens pour laquelle on peut parler de série féministe réside dans la nature des thèmes abordés. Loin de contourner certains tabous ou alors de les explorer partiellement, la série aborde des points cruciaux de la vie des femmes.

Premièrement, la question du plaisir féminin : la série raisonne sur la sexualité entre femmes dans un espace restreint. Alors que dans les série/films similaires masculins, la sexualité entre hommes est toujours examinée sous le prisme de la violence (par exemple, dans le film Les Evadés avec les “Trois Soeurs” qui harcèlent le personnage principal pour le contraindre à des faveurs sexuelles), Orange is the New Black montre un tout autre aspect de la question : le sexe est envisagé avec plus de recul comme un moyen d’échapper à la pression de l’environnement ou tout simplement comme un moyen de se faire plaisir. Loin de la violence présente dans les prisons masculines, le plaisir féminin dans ce contexte est envisagé comme moyen mutuel de jouissance.

La série aborde aussi des questions, des angoisses liée au regard et à la domination masculine auxquelles toutes les femmes sont un jour confrontées. Les flash-backs, parfaitement réussis, permettent de revenir sur des moments intimes des personnages qui les ont bouleversées voire parfois détruites : la pression familiale, l’emprise psychologique voire physique de l’homme ou encore la question du viol. Concernant cette dernière, le “plus” d’Orange is the New Black, c’est qu’elle le donne à voir aussi dans ses conséquences. Si ce sujet a déjà été abordé dans d’autres séries à travers l’angle de la violence pure et dure (Game of Thrones ou encore Borgia par exemple), Orange is the New Black montre avec finesse à quel point un évènement comme celui-ci peut dépasser la “simple” violence et se répercuter à long terme. La série arrive à donner à voir la destruction psychologique et ses répercussions dans la vie de tous les jours. Autrement dit, certaines questions qui peuvent paraître “taboues”, et en ce sens souvent évincées dans le monde cinématographique, sont réfléchies avec beaucoup de subtilité dans la série.

LE PARADOXE ORANGE IS THE NEW BLACK

Malgré toutes ces dimensions féministes, quand on demande aux actrices si elles pensent véhiculer un message ou encore si la série est politisée, elles rétorquent par la négative. Taylor Schilling, alias Piper Chapman dit que «  Ce n’est pas une série féministe. On s’intéresse à des personnages, pas à des thématiques ou des combats ». Et pourtant, montrer ce microcosme féminin est forcément politique puisque la série donne à voir les relations de pouvoir qui peuvent s’instaurer dans ce genre de milieu. De plus, féminisme ne rime pas nécessairement avec “combat” ou encore “lutte frontale” : il peut être soumis à une réflexion plus diffuse, moins directe mais tout aussi pertinent comme le fait la série. En effet, interroger le comportement masculin et féminin dans un milieu comme celui de la prison, observer les conditions de vie de ces femmes, mais aussi se questionner sur l’humanité (ou non) des criminelles est un acte politique. Qu’il soit revendiqué ou non, le résultat est là.

En définitive, Orange is the New Black est clairement une série féministe, aussi bien au niveau des thèmes que de la représentation des femmes. Les séries qui donnent de l’importance aux femmes se font de plus en plus nombreuses. Néanmoins, la représentation fictive et cinématographique des femmes aura-t-elle pour conséquence une représentativité réelle, un véritable changement politique? C’est tout de suite beaucoup moins évident.

Mélissa Planet

Pour aller plus loin :

http://www.nachdemregen.fr/2014/07/30/10-raisons-de-regarder-orange-is-the-new-black/

http://www.lesechos.fr/week-end/culture/spectacles/0211433795254-les-femmes-ont-deja-pris-le-pouvoir-dans-les-series-2038656.php

https://martiennes.wordpress.com/2014/09/19/si-orange-is-the-new-black-est-bien-une-serie-feministe/

http://www.madmoizelle.com/motsclefs/orange-is-the-new-black

Regarder WEEDS par le même réalisateur

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